A 67 ans tous les métiers sont pénibles, soutenez le plan 65-60-55

« Avoir des listes avec 50 % des métiers qui sont pénibles, c’est impossible et c’est impayable. » C’est ce qu’a déclaré le spécialiste pension des libéraux flamand, Vincent Van Quickenborne. Il faut dire que les libéraux et la N-VA tentent de monter les travailleurs les uns contre les autres pour savoir qui a un métier pénible et qui pas. Mais au fond, s’il faut travailler jusque 67 ans, tous les métiers sont pénibles… à part peut-être le métier de ministre ou de député.

Benjamin Pestieau

Pour rappel, le problème de base est que le gouvernement a décidé de tirer l’âge légal de la pension de 65 à 67 ans

Car, pour rappel, le problème de base est que le gouvernement a décidé de tirer l’âge l’égal de la pension de 65 à 67 ans. Et cette mesure est infaisable pour pratiquement tout le monde. Le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine avait à l’époque tenté de rassurer en disant que seule une petite minorité devrait travailler jusque 67 ans. Les autres pourraient s'arrêter plus tôt grâce à une reconnaissance de pénibilité ou grâce à la pension anticipée.

Aujourd'hui les masques tombent. Les conditions de la pension anticipée sont tellement restrictives que cela obligera 50 % des femmes à devoir travailler jusque 67 ans. Et le nouveau système de pénibilité ? D'abord, il ne concernera qu'une minorité de travailleurs. Ensuite, il ne permettra plus de s'arrêter avant 60 ans même si vous avez commencé tôt et quelle que soit la pénibilité de votre métier. Et finalement, plus votre métier est pénible, plus votre pension sera petite.

Pourquoi il faut garder les prépensions

Avec ce système, un grand nombre de travailleurs pouvait arrêter dès 58 ans après 40 ans de carrière. Avant, c’était même 35 ans de carrière.

Ces travailleurs touchaient alors une allocation complétée par leur patron jusqu’à la prise officielle de leur pension, et continuaient à constituer des droits. Au moment de prendre sa pension définitive, à 65 ans, le travailleur touchait ainsi une pension complète. Avec la réforme, quand quelqu’un reconnu comme « métier pénible » arrête de travailler, il arrête de construire des droits.

Prenons un exemple : une carrière complète s’élève à 45 ans. Si vous êtes reconnu « métier très très pénible », vous pouvez vous arrêter à 60 ans après 38 ans de carrière dans un métier pénible. Mais votre pension sera calculée sur seulement 38 ans de carrière. Vous perdez donc sept années de carrière dans le calcul de votre pension. C’est jusqu’à 250 euros de pension en moins par mois.

Travailler aussi longtemps est infaisable pour la majorité des gens

Nos ministres – qui, eux, vivront en bonne santé près de 10 ans de plus que la majorité des travailleurs - veulent faire travailler des gens qui sont malades

L’espérance de vie en bonne santé est dans notre pays inférieure à 64 ans. Et ce chiffre ne s’améliore plus depuis 10 ans. Une étude réalisée par Médecine pour le Peuple et le PTB a ainsi montré qu’à 59 ans, seul un travailleur sur trois est capable d’exercer pleinement une activité professionnelle. Les autres sont soit incapables de travailler pour cause de maladie soit capables de continuer à travailler à condition d'avoir un boulot adapté.

Cela veut dire que nos ministres – qui, eux, vivront en bonne santé près de 10 ans de plus que la majorité des travailleurs - veulent faire travailler des gens qui sont malades.

L’espérance de vie en bonne santé est aussi très mauvaise en Belgique quand on la mesure par rapport à la quantité de richesses produites dans notre pays. Nous produisons énormément de richesse, mais les travailleurs belges sont en mauvaise santé. Est-ce normal ?

Nous sommes pratiquement tous concernés par la pénibilité au boulot. Nous ne devons pas tomber dans le piège du gouvernement qui rend nos vies impossibles et ensuite veut nous faire regarder dans l’assiette du voisin pour savoir qui a le métier le plus pénible.

Le plan 65-60-55

Il faut un autre cadre. Un système qui permettent à toutes et à tous de s’arrêter plus tôt pour une bonne pension. C’est pourquoi le PTB soutient le plan 65-60-55 lancé par de nombreux syndicalistes. Il s’agit d’une règle générale qui vaut pour tout le monde et qui permet de rendre les fins de carrière faisables. De quoi s’agit-il ?

D’abord, on supprime l'allongement à 67 ans et on revient à un âge légal de 65 ans pour la pension. Comme au Canada par exemple. Travailler jusque 67 ans est impossible pour presque tous les métiers.

Ensuite, permettre à tout le monde de pouvoir prendre une pension anticipée ou une prépension (sans disponibilité) dès 60 ans. Car nous ne sommes pas toujours égaux en fin de carrière. Il faut permettre à ceux qui en ont besoin de pouvoir s’arrêter plus tôt.

Finalement, on accorde à tout le monde la possibilité de crédits-temps de fin de carrière dès 55 ans. Cela permettrait par exemple de travailler 30 heures par semaine à partir de 55 ans et de soulager le corps, et l'esprit.

Dans ce cadre qui vaudrait pour tout le monde, on aurait des règles spécifiques pour certains métiers particulièrement pénibles (travail de nuit, travail à pause…). Dans ces métiers, les travailleurs auraient droit à la prépension dès 58 ans après 35 ans de carrière.

Mieux que rien ?

Il vaut mieux défendre les systèmes actuels : les tantièmes préférentiels dans le public et la prépension dans le privé

Certains pensent que faire passer la loi pénibilité, « c’est mieux que rien ». Pourtant, pour le secteurs public, cette loi est une catastrophe. Elle supprime tous les systèmes avantageux de pension. Elle fera travailler l’immense majorité des salariés du secteur plusieurs années en plus pour beaucoup moins de pension. Le gouvernement a même calculé que la loi permettra de faire plus de 2,5 milliards d’euros d’économie sur le dos des pensionnés du secteur public.

Quant au secteur privé, cette loi vise à mettre en place un système qui nous fait travailler plus longtemps pour moins de pension que le système actuel des prépensions.

Il vaut donc mieux défendre les systèmes actuels : les tantièmes préférentiels dans le public et la prépension dans le privé.

Un choix politique

Les ministres disent que nos pensions sont impayables, mais, en même temps, n’ont pas de problème pour sortir 15 milliards d’euros de nos caisses pour acheter des avions de chasse qui vont faire la guerre partout dans le monde. Ils disent qu’il n’y a pas d’argent, alors que des dizaines de milliards sont fraudés chaque année dans les paradis fiscaux avec la bénédiction de la loi belge. Alors que les grandes entreprises croulent sous les cadeaux du gouvernement.

Nos pensions sont tout à fait payable. C’est un choix politique. Plusieurs autres pays européens consacrent une part bien plus grandes de leurs richesses aux pensions publiques. Pourquoi ce qui serait possible dans des pays comme l’Autriche ou la France ne le serait pas en Belgique ?


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  • Julien Chaput
    commented 2018-06-10 09:55:57 +0200
    Faute dans la partie “mieux que rien ?” :
    un système qui nous FAIRE travailler plus longtemps