Pension à points : encore un effort pour l’enterrer

Daniel Bacquelaine, le ministre des Pensions (MR), l’a encore rappelé ce lundi 15 janvier : il veut imposer cette année la « pension à points ». Malgré l’opposition répétée des organisations syndicales mais aussi d’autres associations…

Benjamin Pestieau

Pour rappel, la pension à points est un nouveau système pour nous faire travailler plus longtemps pour moins de pensions (lire plus ici). Avec ce système, la carrière s’allongera automatiquement et le montant de la pension sera automatiquement freiné par l’évolution de l’espérance de vie et les finances de l’État. Un nouveau système où on ne saura que trois ans à l’avance quand on pourra partir à la pension.

Le 19 décembre dernier, près de 40 000 personnes sont descendues dans les rues de Bruxelles. Cela a fait trembler le gouvernement. Le journal financier De Tijd, dans son édito du 16 janvier, déplore les hésitations parmi les partis membres du gouvernement. Ils ont peur car la question des pensions est très sensible dans la population. Et, en plus, on est à un an des élections. Mais le journal financier regrette ce « manque de courage ». Il encourage les ministres à avancer. Et le ministre des Pensions semble avoir entendu ces encouragements. Il veut sauver son nouveau système qui répond à deux grandes inquiétudes du monde patronal liées à l’augmentation du nombre de pensionnés.

Première grande inquiétude, pour la FEB (la plus grande fédération patronale du pays), plus de pensionnés veut dire « plus de dépenses sociales » : « les dépenses en matières de pensions ne feront que croître », s’inquiète la FEB. Avec l’augmentation de l’espérance de vie, les coûts du vieillissement passeront de 10,1 % du PIB à 12,8 % du PIB d’ici à 2040. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Avec l’augmentation du nombre de pensionnés, on va dépenser plus… pour les pensions et les soins de santé des personnes âgées. Une horreur pour la FEB. Car plus de dépenses sociales veut dire moins de cadeaux pour les entreprises. Pour la FEB, un être humain n’est pas un être humain. Pour elle, un être humain ne prend de la valeur que s’il peut produire et être une source de profit pour les actionnaires. Alors, vous pensez, un « vieux »…

La diminution du chômage, cauchemar du patronat

Ce que la FEB ne dit pas, c’est que nous, les travailleurs et les travailleuses, produisons toujours plus de richesses. On appelle ça l’augmentation de la productivité. Avec toutes ces richesses en plus, que va-t-on faire ? Tout donner aux bénéfices des entreprises ou en consacrer une partie à financer des meilleurs salaires et un temps de travail plus court (sur la semaine ou sur la carrière) ?

Ce que la FEB ne dit pas, c’est que ce chiffre de 12,8 % – censé être impayable – est largement inférieur à ce que l’Autriche, la France ou d’autres pays consacrent… aujourd’hui à leur système de pensions. Pourquoi ce qui est possible dans ces pays ne serait pas possible ici ?

Et il y a une deuxième grande inquiétude à la FEB. Elle en fait des cauchemars. Si le nombre de pensionnés augmente, le chômage risque de… diminuer. Une horreur de plus ! Le patronat a besoin de chômage. Il veut maintenir les plus âgés sur le marché de l’emploi pour éviter une diminution du nombre de demandeurs d’emplois. « Car dans ce cas, nous ne serons plus en mesure de contrôler la hausse des salaires », peut-on lire dans les documents de la FEB. Moins de chômeurs, cela veut dire moins de concurrence entre salariés. Moins de concurrence, cela veut dire des travailleurs qui ont moins peur de perdre leur boulot. Des travailleurs qui ont moins peur, cela veut dire plus de luttes et des augmentations de salaires. En d’autres termes, le gouvernement et la FEB veulent faire travailler plus longtemps les aînés aujourd’hui pour éviter que, demain, les jeunes ne gagnent plus.

Pour résumer, il n’y a rien de bon dans tous ces plans. La manifestation contre la pension à points du 19 décembre dernier a été une bonne entrée en matière. 40 000 personnes ont commencé à faire hésiter le gouvernement à moins d’un an des élections. Mais pour faire de ces hésitations un véritable recul jusqu’au retrait du projet de pension à points, il faudra redescendre encore plus nombreux dans les rues du pays.

 

Aidez-nous à tirer la sonnette d’alarme sur www.pastoucheanospensions.be

 


Montrer 1 réaction

SVP vérifiez votre boîte email afin d'utiliser le lien pour activer votre compte.
  • Jonathan Lefevre
    a publié cette page dans Dossier pensions 2018-01-16 14:50:42 +0100