Métiers pénibles ? Le triple hold-up organisé par le gouvernement

Le gouvernement veut introduire sa loi sur les « métiers pénibles ». Il essaie d’entraîner les syndicats dans son projet. Mais ça ne prend pas, tellement la supercherie du gouvernement est grande. Mais celui-ci s’obstine à ne pas entendre la colère qu’on exprimée 70 000 manifestants le 16 mai dernier.

Benjamin Pestieau

Le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine dit que son projet va ouvrir de nouveaux droits aux travailleurs. Pourtant rien n’est moins vrai. Cette loi constitue en fait un triple hold-up contre les salariés.

Le système des prépension que le gouvernement veut faire disparaître

Jusqu’ici, les travailleurs qui avaient un métier pénible ou qui n’en pouvaient plus de leur boulot pouvaient s’arrêter plus tôt grâce au système des prépensions. Avec ce système, un grand nombre de travailleurs pouvaient arrêter dès 58 ans après 40 ans de carrière. Avant, c’était même 35 ans de carrière.

Ces travailleurs touchaient alors une allocation complétée par leur patron jusqu’à la prise officielle de leur pension. Pendant les années de prépension, le travailleur continuait à construire ses droit pour la pension. C’est comme ça qu’au moment de sa prise officielle de pension à 65 ans, le travailleur prépensionné touchait une pension complète. Le gouvernement veut en finir avec les prépension et les remplacer avec un nouveau système des « métiers pénibles ». Avec ce nouveau système, les travailleurs subissent un triple hold-up.

Hold-up n°1 : impossible d’arrêter avant 60 ans. La nouvelle loi est claire. Personne ne pourra s’arrêter avant 60 ans. Pourtant, une étude récente du PTB montre qu’une travailleurs sur trois de 59 ans est en incapacité de travailler. Pouvoir s’arrêter à 58 ans est une nécessité pour une partie des salariés.

Hold-up n°2 : plus votre métier est pénible, plus votre pension sera petite. Comme dit plus haut, avec les prépensions, les salariés continuent à construire leurs droits à la pension et ont finalement une pension complète. Avec le nouveau système, ceux qui partiront plus tôt auront des pensions calculées sur des carrières incomplètes.

Une carrière complète s’élève à 45 ans. Si vous êtes reconnu « métier très très pénible », vous pouvez vous arrêter à 60 ans après 38 ans de carrière dans un métier pénible. Mais votre pension sera calculée sur seulement 38 ans de carrière. Vous perdez donc 7 années de carrière dans le calcul de votre pension. C’est jusqu’à 250 euros de pension en moins par mois. Et ce, alors que les pensions belges sont déjà connues pour être très basses.

Hold-up n°3 : le patron fait des économies sur votre dos et celui de la Sécu. Avec les prépensions, le patron doit compléter l'allocation du prépensionné pour que celui-ci ne perde pas trop de pouvoir d’achat par rapport à sa situation de salarié. Ce complément du patron, c’était de l’argent pour le salarié, mais aussi pour la Sécurité sociale. Avec le nouveau système, le patron ne doit plus rien payer du tout. Tout bénéfice pour lui.

Et le bonus pénibilité? 

Oui, mais le ministre nous explique que ceux qui travailleront plus longtemps auront un bonus « pénibilité ». Laissons Jean-François Tamellini, de la FGTB, répondre au ministre : « Il convient d’une part de rappeler que ce bonus pension avait été mis en place sous la précédente législature (bonus jusque 254€/mois pour les travailleurs qui pouvaient partir en pension anticipée mais qui étaient en capacité de continuer à travailler) mais qu’il a été… supprimé par Bacquelaine en 2014 ! Le gouvernement ne fait donc que réinstaurer un droit qui existait pour l’ensemble des travailleurs et qu’il ramène uniquement pour les travailleurs en condition pénible, sous la forme d’une rente mensuelle liée à leur espérance de vie…

Il est par ailleurs essentiel de souligner que l’objectif de la reconnaissance de la pénibilité vise à compenser l’impact sur la santé des travailleurs de la pénibilité du travail en leur permettant d’arrêter plus tôt leur carrière sans perte de pension, plutôt que de pousser les travailleurs à abîmer leur santé plus longtemps. La philosophie développée par le gouvernement s’assimile purement et simplement à un bonus à mourir plus tôt, rien d’autre! »

Finalement, le projet de loi comporte toute une série d’autres pièges : critères de pénibilité restreints, possibilité de lever la pénibilité si l’enveloppe budgétaire est « dépassée », non-prise en compte de la pénibilité passée, etc.

Nous devons continuer à nous faire entendre. Entre autre en signant la pétition : www.pastoucheanospensions.be. Nous sommes plus de 36 000 à l’avoir fait. Aidez-nous à atteindre les 50 000 !


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