Métiers pénibles : le PTB entre en campagne pour soutenir le plan 65-60-55

Avec ses projets de lois sur les «métiers pénibles», le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine tente de monter les travailleurs les uns contre les autres. Mais, au fond, s’il faut travailler jusque 67 ans, tous les métiers sont pénibles. Pour le PTB, il faut changer de cadre. C’est pourquoi il mènera campagne cet été et à la rentrée pour soutenir le plan 65-60-55 initié par de nombreux acteurs syndicaux. 

Benjamin Pestieau

« Le problème de base est que le gouvernement a décidé de tirer l’âge légal de la pension à 67 ans et de supprimer une grande partie des possibilités pour partir plus tôt, réagit Kim De Witte, spécialiste pensions du PTB. Travailler jusqu’à 67 ans est infaisable pour pratiquement tout le monde. »

En 2014 et 2015, Daniel Bacquelaine avait rassuré la population en disant que seul un travailleur sur dix allait devoir travailler jusqu’à 67 ans. « Aujourd'hui les masques sont tombés, dénonce Kim De Witte. Les conditions de la pension anticipée sont tellement restrictives – avoir travaillé 42 ans pour pouvoir partir à 63 ans - que cela obligera 50 % des femmes à devoir travailler au-delà de 63 ans. Et la prépension, l’autre système qui permet d’arrêter plus tôt, est progressivement vidé de sa substance par le gouvernement. »

Qu’en est-il du nouveau système de pénibilité ? «D'abord, il ne concernera qu'une minorité de travailleurs, précise le spécialiste pensions du PTB. Ensuite, il ne permettra plus de s'arrêter avant 60 ans, même si vous avez commencé à travailler tôt, et quelle que soit la pénibilité de votre métier. Enfin, plus votre métier est pénible, plus votre pension sera petite car moins d’années de carrière seront comptabilisées dans le calcul de la pension».

Le plan 65-60-55

Pour le parti de gauche, il faut un autre cadre avant de pouvoir commencer à discuter d’un système juste concernant les métiers pénibles. Un cadre qui respecte le droit à la pension comme prévu dans notre Constitution.

C’est pourquoi, en plus des campagnes électorale locales, le PTB continuera - cet été et à la rentrée - à mettre la pression sur le gouvernement dans le dossier des pensions. « Les travailleurs ne veulent pas de la politique de pension du gouvernement Michel, explique Kim De Witte. Ils veulent pouvoir arrêter beaucoup plus tôt que 67 ans pour une pension bien supérieure à ce que la politique du gouvernement actuel propose. C’est ce que montre le succès de notre pétition www.pastoucheanospensions.be, qui a récolté près de 40 000 signatures. C’est aussi ce que montrent les récents sondages ou encore la large mobilisation pour les pensions lors de la manifestation nationale du 16 mai dernier. Nous ne laisserons aucun répit au gouvernement en la matière. »

« Nous voulons offrir encore quelques belles années en bonne santé après la carrière à tout le monde »

Le PTB mènera donc campagne pour le plan 65-60-55 lancé par de nombreux acteurs syndicaux. Il s’agit de trois règles générales qui valent pour tout le monde et qui permettent de rendre les fins de carrière faisables pour tout le monde.

  • D’abord, on supprime l'allongement à 67 ans et on revient à un âge légal de 65 ans pour la pension. Comme cela s’est fait au Canada, par exemple. 
  • Ensuite, permettre à tout le monde de pouvoir prendre une pension anticipée ou une prépension (sans disponibilité) dès 60 ans. Car nous ne sommes pas toujours égaux en fin de carrière. Il faut permettre à ceux qui en ont besoin de pouvoir s’arrêter plus tôt.
  • Finalement, on accorde à tout le monde la possibilité de crédits-temps de fin de carrière dès 55 ans. Cela permettrait par exemple de travailler 30 heures par semaine à partir de 55 ans et de soulager le corps, et l'esprit.

Ce n’est que dans ce cadre plus humain et plus réaliste pour toutes et tous que des règles spécifiques pour les métiers pénibles (travail de nuit, travail à pause, travail dans le bâtiment…) peuvent être discutées. Dans ces métiers, nous devons conserver le droit à la prépension dès 58 ans, parce que l’espérance de vie en bonne santé de ces travailleurs est en dessous de 60 ans.

Un plan qui respecte la santé des gens 

Ces mesures correspondent au ressenti de la majorité des travailleurs, comme le montrent les études sur l’âge auquel les gens voudraient partir en pension. Ils correspondent aussi aux résultats des recherches démographiques.

«L’espérance de vie en bonne santé est dans notre pays inférieure à 64 ans, continue le spécialiste pensions du PTB. Et ce chiffre ne s’améliore plus depuis 10 ans. » Une étude réalisée par Médecine pour le Peuple et le PTB a ainsi montré qu’à 59 ans, seul un travailleur sur trois est capable d’exercer pleinement une activité professionnelle. Les autres sont soit incapables de travailler pour cause de maladie soit capables de continuer à travailler à condition d'avoir un boulot adapté.

« Cela veut dire que nos ministres – qui, eux, vivront en bonne santé près de 10 ans de plus que la majorité des travailleurs – veulent faire travailler des gens qui sont malades, conclut Kim De Witte. Nous voulons offrir encore quelques belles années en bonne santé après la carrière à tout le monde. Cela implique de tout autres choix que ceux du gouvernement, qui veut faire travailler tout le monde plus longtemps pour moins de pension. »


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