Métiers pénibles : le gouvernement veut appliquer la double peine aux travailleurs malades

Vous êtes malade parce que vous avez un métier pénible ? Vous devrez travailler plus longtemps pour pouvoir prendre votre pension. Et plus le métier est pénible, plus vous serez pénalisés. Telle serait la conséquence du projet de loi sur les métiers pénibles que le gouvernement discute aujourd’hui en kern. « La logique "plus vous êtes malade, plus longtemps vous travaillerez" est inacceptable », dénonce Raoul Hedebouw porte-parole du PTB. Et d’ajouter : « Dans une société humaine, cela devrait être juste le contraire. »

Le PTB a analysé les conséquences dramatique de la loi en regard de témoignages qui lui sont revenus ces dernières semaines.

Anne* travaille dans le secteur des titres-services : « Il y a huit ans, j’ai commencé à travailler comme aide ménagère et nettoyeuse dans le secteur des titres-services. Au début, ça se passait très bien, mais, petit à petit, ça s’est dégradé. Des clients voulaient que leur maison soient propre des caves au grenier après quatre heure de travail. Mais ça n’est pas possible. L’employeur ne fait rien pour modérer ces attentes, et soi-même, on ne veut pas perdre un client. Donc on travail dur : nettoyer les fenêtres, porter des seaux pleins, bouger des meubles, à quatre pattes, sur la pointe des pieds… Mon dos ne l’a pas supporté. Les muscles de mes poignets étaient trop sollicités, je n’arrivais plus à essorer les torchons, etc. Les injections de cortisones ont fini par ne plus suffire, donc j’ai été opérée. Cinq mois hors course. Et maintenant j’ai recommencé à temps partiel, comme beaucoup de collègues dans le secteur. »

Anne sera peut-être reconnue comme métier pénible. C’est du moins ce que le ministre promet. Mais toutes les conséquences sur son corps qu’on eues ces huit ans de travail dans les titres-services ne seront pas reconnues. Les mois de maladies, le fait qu’elle passe à mi-temps… tout cela aura pour conséquence de rallonger sa carrière.

Même chose pour Magali*, une infirmière qui travaille de nuit. Là encore, le ministre a promis qu’elle serait reconnue comme exerçant métier pénible. Or Magali a été deux fois enceinte dans sa carrière et a alors été écartée par mesure de précaution. Cela implique plusieurs mois de non-exercice de sa profession, avec pour conséquence que sa carrière se voit rallongée. Là encore, parce que le projet du ministre est de ne compter que les « services effectivement prestés ».

Mais ce n’est pas fini pour Magali. Après 25 ans de carrière, elle a eu un problème au cœur. Le stress et les nuits y sont pour beaucoup. Le médecin lui demande d’arrêter ses prestations de nuit. Elle est reclassée en équipe de jour pour les 20 derrières années de sa carrière. Avec la nouvelle loi, ces années ne seront pas ou moins comptabilisées comme pénibles.

« Reclassement, maladie, écartement… tout ça ne comptera pas dans les facteurs de pénibilité. Au final, c’est jusqu’à plusieurs années de carrière en plus que certains travailleurs devront prester en plus. Et ce sont les métiers avec les plus haut degré de pénibilité qui seront le plus sanctionnés. Ce sont en effet justement les métiers pour lesquels on a le plus de probabilité de tomber malade à cause du boulot », dénonce Raoul Hedebouw.

Pour le PTB, aucun travailleur et aucune travailleuse ne devraient être pénalisés dans leur droit à la pension parce qu’ils sont malades ou qu’elles sont enceintes et exercent un métier à risque. Et Raoul Hedebouw de conclure: « Il s’agit là d’un principe de base que nous rappellerons au gouvernement en soutenant les organisations syndicales dans leur mobilisation pour les pensions le 16 mai prochain. »

* Prénoms d’emprunt.


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