Le gouvernement supprime les crédits-temps de fin de carrière avant 60 ans

En fin de carrière, beaucoup se sentent un peu, ou totalement, au bout du rouleau. Ce qui fait qu'aujourd'hui, plus de 100 000 personnes travaillent en 4/5e ou à mi-temps, dans l'espoir de pouvoir continuer à travailler jusqu'à leur pension. Mais cette possibilité, le gouvernement Michel vient de la supprimer…

Gaston Van Dyck

Plus de 100 000 travailleurs – secteurs privé et public confondus – ont aujourd'hui un crédit-temps de fin de carrière : ils travaillent en 4/5e ou à mi-temps jusqu'à leur pension. Les trois quarts d'entre eux – soit 77 000 – ont moins de 60 ans. Ils subissent certes une perte de salaire mais, grâce à la prime de 263 euros bruts par mois en 4/5e ou de 469 euros bruts par mois à mi-temps, cela peut encore aller. En outre, ils ne sont pas sanctionnés sur le plan de leur pension. Celle-ci continue à être calculée sur base de leur dernier salaire.

Cette mesure rend le travail un peu plus supportable pour les travailleurs plus âgés. Elle n'existe pas que dans notre pays. En Autriche, les femmes peuvent décider de travailler à mi-temps dès 53 ans. Elles conservent 75 % de leur dernier salaire. C'est une façon positive d'impliquer plus longtemps les travailleurs plus âgés. Mais c'est précisément cette mesure que le gouvernement Michel veut désormais supprimer. Le ministre de l'Emploi, Kris Peeters, le champion autoproclamé du « travail faisable » et, selon certains, le visage social du gouvernement Michel-De Wever, ne sait pas justifier cette mesure auprès d’une bonne partie de ses électeurs... Avant de porter l'âge de la pension à 67 ans, le ministre Kris Peeters et le président du CD&V Wouter Beke avaient déclaré : « Ne vous inquiétez pas, nous assurerons du travail faisable. » Mais, dans l'accord d’été, ils font précisément le contraire. Désormais, il va falloir attendre l'âge de 60 ans pour souffler un peu.

La moitié des travailleurs trouvent leur travail pénible

« Je travaille à l'usine depuis l'âge de 19 ans déjà et, depuis quelque temps, j'ai des douleurs au dos. J'ai déjà demandé au patron si, à l'avenir, je pourrais avoir du travail adapté. Il m'a répondu qu'il n'y en avait pas à l'usine. Et que je ferais mieux de chercher un autre travail », explique Andy Vanoppen.1

Andy n'est pas le seul pour qui aller travailler devient pénible. Selon des chiffres officiels, 49 % des travailleurs estiment qu'il y a déjà maintenant plusieurs facteurs – la pression au travail, les conditions de travail... – qui rendent le travail plus pénible, voire carrément infaisable. Et, ces dix dernières années, ce pourcentage n'a cessé de croître.

Il n'y a pas si longtemps, pour les personnes qui rencontraient un problème en fin de carrière, beaucoup d’entreprises disposaient d'une solution interne sous forme de « travail adapté » : dans la restauration, l'entretien... Mais, aujourd'hui, ce genre d'emplois a disparu presque partout du côté de la sous-traitance. Il existe de moins en moins de travail adapté.

« Il n'y a absolument pas de travail adapté pour les plus âgés », raconte Tania Vanhyfte. « Je le vois avec mon mari, qui a 59 ans et qui travaille dans le transport. S'il demande un peu plus de repos, on lui répond : “Si ça ne vas pas, cherche-toi un autre boulot.” »2

Pour le mari de Tania et pour les nombreux travailleurs dans une situation similaire, il reste encore, heureusement, la possibilité d'un crédit-temps de fin de carrière à partir de 55 ans (parfois même de 50). Aujourd'hui, la plupart des crédits-temps de fin de carrière sont occupés dans le secteur non marchand, où 9 350 personnes travaillent à 4/5e ou à mi-temps. Mais, dans la métallurgie, ils sont 4 850, même si ce secteur emploie beaucoup moins de monde. Et le secteur bancaire, aujourd'hui, compte 3 650 personnes qui occupent un crédit-temps de fin de carrière.

Nouvelle augmentation du nombre de malades de longue durée

Tous ensemble, ils sont aujourd'hui 77 000, mais ce nombre va baisser très vite si le gouvernement parvient à faire passer la mesure. Car, dès 2019, il va donc falloir travailler à temps plein jusque l'âge de 60 ans. Et ceux qui n'y arrivent plus « n'ont qu'à tous aller à la mutuelle », comme le disait un travailleur – cardiaque – de la zinguerie Nyrstar. Cette mesure aura le même « effet secondaire » que lorsque le gouvernement a obligé tout le monde à travailler plus longtemps. Depuis lors, le nombre de malades de longue durée a atteint le chiffre record de 400 000.

Vous aussi, vous estimez que c'en est assez ? Dans ce cas, souscrivez à notre plan 55-60-65 (emplois de fin de carrière dès 55 ans, droit à la pension anticipée à 60 ans et maintien de l'âge de la pension légale à 65 ans), via www.pastoucheanospensions.be et participez ensuite à la journée d'action pour une pension décente, le mardi 2 octobre.

1. Témoignage du livre du spécialiste Pension du PTB, Kim De Witte, « De Grote Pensioenroof » (Le grand hold-up des pensions). • 2. Ibidem.

 


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