À 70 000 pour dire non à la pension à points et réclamer du respect pour le monde du travail

« La pression au boulot est toujours plus forte et on veut en plus nous faire travailler plus longtemps ? Impossible ! », voilà un témoignage qui représentait bien l’état d’esprit des 70 000 femmes et hommes, salariés et salariées venus des quatre coins du pays contre les plans pension du gouvernement. Nous étions deux fois plus nombreux qu’en décembre dernier. Une vraie claque pour le gouvernement.

Benjamin Pestieau

La manifestation d’aujourd’hui n’était pas une simple mobilisation de militants syndicaux aguerris. L'appel des syndicats a été très largement suivi. Étaient présent de nombreux salariés de tous les secteurs, des pensionnés – notamment le désormais fameux Gang des Vieux en Colère –, des profs et institutrices, employées de la distributions ou des bureaux, des travailleurs du métal et de la chimie, du bâtiment, du public et du privé, du Nord comme du Sud…

En résumé, les visages de celles et ceux qui font les richesses de la Belgique au quotidien. Beaucoup n’en peuvent plus de la pression au boulot, qui devient littéralement intenable passé un certain âge. C’est d’ailleurs ce qu’a montré la nouvelle étude du PTB et de Médecine pour le Peuple, qui révèle qu’à 59 ans, seul un travailleur sur trois est encore capable d’exercer pleinement une activité professionnelle.

La pension à points : pas besoin de pédagogie, juste de la supprimer

Le plan stratégique du gouvernement d’imposer une pension à points ne passe pas. Pour rappel, cette réforme vise à instaurer un mécanisme par lequel le gouvernement veut allonger automatiquement notre carrière ou baisser le montant de notre pension en fonction de l'espérance de vie ou de la situation budgétaire. Ce système existe en Suède depuis des années et aujourd'hui, il faut travailler jusque 68,5 ans pour gagner la pension qu'on avait avant à 65 ans. En Allemagne, depuis qu'on a introduit la pension à points en 2002, le montant des pensions a baissé de 10 % par rapport aux salaires.

Et, face à la colère que cette réforme suscite parmi les travailleurs, le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine a encore affirmé ce matin même qu’ils n’ont simplement rien compriset qu’il « ne fera pas marche-arrière, qu'il faut juste plus de pédagogie ». Or, aujourd’hui, le porte-parole du PTB Raoul Hedebouw a posé la question aux dizaines de milliers de manifestants, et la réponse était claire. Ont-ils compris la réforme ? « Oui ! » Mais sont-ils d’accord ? « Non ! » Il n'y a donc pas besoin de pédagogie, juste que le ministre retire son projet.

Le droit de souffler et le droit de se soigner

L’autre grande réforme qui fâche, c’est celle concernant les « métiers pénibles ». Une réforme où tout le monde est perdant. Ici, le ministre ose même prétendre qu’il s’agit pour les travailleurs d’avoir « de nouveaux droits ». À croire qu’il se moque franchement des nombreux salariés inquiets face à l’augmentation de la pression au travail et qui ne se voient pas travailler toujours plus longtemps.

Car, en effet, si cette réforme passe, plus personne ne pourra s’arrêter avant 60 ans, avec en plus des pertes financières très lourdes pour les salariés reconnus comme métier pénible. C’est pourquoi les manifestants réclament le droit de souffler et de s’arrêter avant que le corps ne lâche complètement.

« Plus de pression au boulot, nous faire travailler plus longtemps et nous jeter si nous sommes malades du boulot : de cette politique là, on en veut pas. » Cette question de la pression et des maladies était fort ressentie dans le cortège, avec une présence remarquée des salariées de la distribution, et notamment de chez Lidl, où la grève a permis d’obtenir une victoire sur ce terrain. C’est que, partout, l'augmentation de la pression au travail se traduit par une augmentation du nombre de travailleurs malades de longue durée, et les manifestants réclament une autre politique que les sanctions qu’impose le gouvernement. Une politique qui fait diminuer la pression et permet à ceux qui en sont malade de se soigner sans avoir à craindre les sanctions et l’exclusion.

Le PTB continuera à être aux côté du mouvement social pour faire reculer le gouvernement

« La manifestation d’aujourd’hui est très importante, réagit Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB. Ce genre de mobilisation, c’est un des seuls langage que le gouvernement comprend. C’est d’ailleurs dans la rue que nos droits sociaux ont été acquis. Et c'est là qu'on fera reculer ce gouvernement aussi. Il doit écouter la voix des 70 000 personnes descendues aujourd’hui dans la rue. »

Pour le PTB, une autre logique est nécessaire. Face à l’augmentation du nombre de malades du travail, il faut une politique qui diminue la pression, qui permette les soins et l’accompagnement, pas des sanctions et des licenciements. Et que l’on offre à tous et toutes une période de repos en aussi bonne santé que possible après une carrière bien remplie.

C’est pourquoi le PTB demande le retrait du projet de pension à points, le retour de l'âge légal à la pension à 65 ans, le redéveloppement d'un système de pension anticipée de qualité dès 60 ans, des systèmes de crédit-temps de fin de carrière dès 55 ans et des règles spécifiques pour les métiers pénibles permettant de s'arrêter à 58 ans. Par ailleurs, le montant de la pension doit être de 1500 euros minimum.

« Tout cela est payable, mais il s’agit de choix, conclut Raoul Hedebouw. Il y a toujours plus de millionnaires, de fraude fiscale, de cadeaux aux multinationales qui engraissent les actionnaires, mais il n’y aurait pas assez d’argent pour les pensions ? Le gouvernement ne peut pas continuellement manquer de respect aux salariés de notre pays. Les travailleuses de Lidl l’ont encore montré il y a peu : la lutte paie. Si le gouvernement n'entend pas et ne revient pas sur son plan pour les pensions, le monde du travail ira chercher ce respect dans la rue. Et nous serons à ses côtés. »

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  • commented 2018-05-21 19:59:45 +0200
    une pension a point et pq pas le pain a point et la viande lol je n’ai jamais vu un ministre qui ne grossissait pas en étant élu c’est que du foutage de gueule et du profit sur nous les petits