6 raisons de faire du 2 octobre une mobilisation réussie pour nos pensions et fins de carrière

Avant les vacances, les syndicats avaient annoncé une journée d’action nationale pour les pensions le 2 octobre. Pendant les vacances, le gouvernement a pris dans notre dos de nouvelles mesures antisociales, sous le rutilant nom de « Jobs deal ». Résultat : nos avons au moins 6 bonnes raisons de lui promettre un été indien au niveau de la mobilisation sociale.

Benjamin Pestieau

1. Nous avons déjà eu une victoire

Juste avant l’été, la mobilisation sociale a réussi à faire reculer le gouvernement sur la pension à points, la fameuse pension tombola. Après plusieurs tentatives pour nous la faire avaler, le gouvernement est obligé de la reporter à après les élections. Les mobilisations du 19 décembre et du 16 mai dernier ont marché.

Il y a plusieurs raisons qui font que le gouvernement a dû céder face à la pression de la mobilisation sociale. D’abord, le dossier des pensions et l’un de ceux où la colère était la plus grande dans la population. Ensuite, cette pression s’est manifestée de façon large, avec un mouvement national, interprofessionnel, en front commun et avec le soutien de la population. Enfin, l’objectif était clair, comme lors de la manifestation du 16 mai, où 70 000 personnes ont manifesté pour dire clairement « non » à la pension à points. Cette unité et la clarté dans l’objectif ont conduit le gouvernement a devoir finalement reculer sur la pension à points. Et ce qui est vrai pour la pension points est aussi vrai pour d'autres dossiers.

2. À 67 ans, tous les métiers sont pénibles

Après la victoire sur la pension à points, il reste encore la question des métiers pénibles, par lequel le gouvernement voulait liquider les pensions du service public et monter les travailleurs les uns contre les autres pour quand même nous faire tous travailler plus longtemps pour moins de pension. Mais, au fond, s’il faut travailler jusque 67 ans, tous les métiers sont pénibles.

Cest pourquoi le PTB avait décidé de mener campagne pour le plan 65-60-55 lancé par de nombreux acteurs syndicaux (retour de l’âge légal de la pension à 65 ans, droit à la pension anticipée ou prépension à 60 ans, crédit-temps de fin de carrière dès 55 ans). Pour l’instant, rien n’indique que le gouvernement ne veut pas continuer à attaquer nos pensions avant les élections fédérales de l’année prochaine. C’est pourquoi les syndicats avaient lancé l’idée d’une action nationale le 2 octobre sur ce thème. Une idée qui garde donc aujourd’hui toute sa pertinence.

3. Le gouvernement supprime les crédits-temps de fin de carrière avant 60 ans

C’est une des mesures-clé du fameux « Jobs deal » de cet été. Aujourd’hui, plus de 100 000 travailleurs – secteurs privé et public confondus – ont un crédit-temps de fin de carrière : ils travaillent en 4/5e ou à mi-temps jusqu'à leur pension. Les trois quarts d'entre eux – soit 77 000 – ont moins de 60 ans. Ils subissent certes une perte de salaire, mais, grâce à la prime de 263 euros bruts par mois en 4/5e ou de 469 euros bruts par mois à mi-temps, cela peut encore aller. En outre, ils ne sont pas sanctionnés sur le plan de leur pension. Celle-ci continue à être calculée sur base de leur dernier salaire. Cette mesure rend le travail un peu plus supportable pour les travailleurs plus âgés.

Pour le PTB, le crédit-temps de fin de carrière doit être accessible à tous à partir de 55 ans, pour soulager le corps et l'esprit de ceux qui en ont besoin

Cependant, dès 2019, le gouvernement veut forcer tout le monde à travailler à temps plein jusque l'âge de 60 ans. Et ceux qui n'y arrivent plus « n'ont qu'à tous aller à la mutuelle », comme le disait un travailleur – cardiaque – de la zinguerie Nyrstar. Cette mesure aura le même « effet secondaire » que lorsque le gouvernement a obligé tout le monde à travailler plus longtemps. Depuis lors, le nombre de malades de longue durée a atteint le chiffre record de 400 000.

Lire plus à propos de cette mesure ici.

Pour le PTB, le crédit-temps de fin de carrière doit être accessible à tous à partir de 55 ans. Une manière de soulager le corps et l'esprit de ceux qui en ont besoin après une belle carrière. Cela fait partie du plan 65-60-55.

4. La chasse aux chômeurs s’intensifie

Autre mesure du « Jobs deal » : le gouvernement utilise la soi-disant « pénurie » sur le marché du travail pour justifier une nouvelle accélération de la dégressivité des allocations de chômage. C'est ainsi que l'on pousse les gens en dessous du seuil de pauvreté. Le risque de pauvreté parmi les chômeurs est déjà de 48 %. C'est antisocial et injuste. De plus, les études montrent que l'on n'augmente pas les chances pour les demandeurs d'emploi de retrouver un job en réduisant leurs allocations.

On parle donc ici de politiciens qui gagnent plus de 5 000 euros par mois et qui décident que des gens qui perdent leur emploi peuvent très vite passer à 1000 euros d’allocation. Alors qu’il n’y a même pas un job pour chaque demandeur d’emploi en Belgique.

Le but réel de cette mesure ? Mettre les gens dans la misère pour les obliger à accepter des jobs de plus en plus précaires, de plus en plus sous-payés. En ce sens, la dégressivité accrue des allocations de chômage est une attaque contre l'ensemble des travailleurs et appelle une riposte générale du mouvement social.

Et ce n’est pas tout. Le gouvernement a également décidé « de rendre possible un service communautaire pour les chômeurs de longue durée ». Il s’agit de tâche réalisée quasi gratuitement par le chômeur deux fois par semaine. Cette mesure augmente encore plus fortement la pression pour accepter n'importe quel job. La personne qui ne trouverait pas de job convenable pourrait bientôt devoir aller balayer les rues en tant que chômeur. Aux Pays-Bas, où un tel service communautaire a été instauré, le travail obligatoire des chômeurs s’est fait au détriment des emplois stables. Des balayeurs de rue salariés sont remplacés en partie par des balayeurs de rue réalisant gratuitement un « service pour la communauté ».

5. Nouvelles attaques sur les travailleurs malades

Le nombre de travailleurs malades de longue durée explose. Plus de 400 000. Pourquoi ? Parce que de nombreux travailleurs âgés ne tiennent plus le coup. Parce que de nombreux jeunes sont en burn-out à cause de la pression au boulot. Au lieu de permettre aux travailleurs malades de se réinsérer, au lieu de ralentir le rythme en défendant les crédits-temps de fin de carrière ou les possibilités de prépension, etc. le gouvernement a déjà pris des mesures facilitant le licenciement sans indemnité des travailleurs malades.

Et ce n’est pas fini. Il veut faire voter à la rentrée parlementaire une loi qui sanctionnerait – sous forme de baisse de l’allocation de maladie – ceux qui ne participeraient pas à un parcours de réinsertion. Comme si appauvrir des malades allait les guérir.

Dans la même veine, il s’en est pris cet été aux jours de maladie des fonctionnaires. Le gouvernement veut réduire le nombre de jours de maladie où ils gardent leur traitement plein. Comme pour le privé, il active la double peine : celle d’être malade et ensuite celle de voir sa rémunération réduite de 40 %. Avec un discours où le problème n’est plus la maladie mais le malade qu’il faut forcer à revenir sur le marché du travail en baissant ses allocations.

6. Le gouvernement fait tout pour mettre nos salaires sous pression

Après le mythe du « handicap salarial » pour toucher à l’index, après le mythe des « pensions impayables » pour nous faire tous travailler plus longtemps pour moins de pension, voici le mythe des « métiers en pénurie ».

Un nouveau plan pour mettre en concurrence des travailleurs. Les patrons en rêvaient. Le gouvernement l'a mis en place... cet été

En fait, c’est le cœur du « Jobs deal » : un nouveau plan pour s'attaquer à nouveau à nos salaires, à nos conditions de travail, à la mise en concurrence des travailleurs. Les patrons en rêvaient. Le gouvernement l'a mis en place cet été.

Comment ? En créant le mythe des métiers en pénurie, en racontant que les employeurs ne trouvent pas assez de gens pour les offres disponibles.

En fait, l’organisation patronale FEB explique elle-même très bien que le fait qu’on trouve moins de travailleurs disponibles pour certains métiers (souvent mal payés et ultra-flexibles) est problématique car cela pourrait entraîner « des augmentations salariales incontrôlables (qui) pourraient menacer la compétitivité de nos entreprises ».

Ce n’est pas au problème de pénurie que le gouvernement doit s’attaquer – il y aurait 140 000 jobs « vacants » dans le pays, pour 350 000 chômeurs complets. C’est au problème du chômage et des conditions de travail toujours plus intenables pour un nombre croissant de travailleurs.

Toute la stratégie du gouvernement suit la même logique que celle mise en place par le gouvernement rouge-vert allemand début des années 2000 : faire peur aux travailleurs qui ont un emploi « stable ». Comment ? En rendant la vie impossible aux chômeurs et aux malades ainsi qu’en créant tout un pan du marché du travail fait de jobs précaires. Avec comme idée que la peur de tomber au chômage ou de tomber malade permettra de nouvelles attaques contre les salaires et les conditions de travail. Et cela a marché pendant quelques années. Les gens avaient tellement peur de tomber au chômage que les travailleurs ont accepté pendant plusieurs années des baisses importantes de leurs salaires.

Lire notre analyse complète à ce sujet : Jobs deal : les métiers en pénurie, le mythe fabriqué pour s'attaquer à nos salaires

Faire reculer le gouvernement (encore une fois)

La mobilisation pour les pensions a déjà fait reculer le gouvernement sur la pension à points. Il a dû retarder son projet de loi sur les métiers pénibles. Le gouvernement craint la mobilisation sociale. En particulier avant les élections qui arrivent. Même s’il prétend le contraire, il craint que cette mobilisation sociale se transforme également en sanction électorale en octobre 2018 et mai 2019. Et il a raison d’avoir peur. La crainte du gouvernement est d’autant plus forte que son jeu est de plus en plus clair. Même le journal économique l’Echo est obligé de constater que « depuis le début de la législature, les efforts demandés par le gouvernement reposent presqu'exclusivement sur les épaules des travailleurs. » (28/7/18)

Le gouvernement craint la mobilisation sociale. Et il a bien raison

Le gouvernement et le patronat tentent de nous faire peur. Mais la peur peut rapidement changer de camp. Si nos ministres sentent arriver la mobilisation sociale et la sanction électorale. S’ils sentent que les gens n’acceptent plus leur cadre et veulent imposer une autre logique : celle du respect des travailleurs en permettant de s’arrêter plus tôt, en permettant de travailler moins ; celle de l’activation des fortunes via une taxe des millionnaires et celle de l’honnêteté politique où des politiciens payés plus de 5 000 euros nets ne pourront plus baisser le salaire de ceux qui en gagnent 1 000.


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