Pensions décentes : pourquoi ce qui est possible en Autriche ne le serait pas ici ?

Les pensions sont hors de prix. Ou, du moins, c'est ce qu'on nous répète souvent. Kim De Witte, spécialiste pensions du PTB, indique que d'autres pays parviennent pourtant à financer des pensions plus élevées.

 

Il y a quelques jours, j'ai vu passer ce tweet de Bart De Wever : « Si, demain encore, nous voulons donner à chacun une pension décente, nous allons devoir ajouter certains systèmes. Aujourd'hui, une fois pour toutes, les pensions sont hors de prix. » L'économiste Gert Peersman a accouru pour le soutenir (De Standaard, 19/09/17). Il a expliqué que nous devons en effet accorder moins de pension aux quinquagénaires qui ne trouvent pas de travail. Car les pensions deviennent hors de prix. Et revoilà, une fois de plus, cette rengaine qui empêche tout débat de fond sur les pensions.

Réduire encore les pensions parce qu'elles sont hors de prix ? Nos pensions sont à peu près les plus basses de toute l'Europe occidentale. Et même elles seraient hors de prix ? L'écart dans le montant de nos pensions par rapport à celles de nos pays voisins va jusqu’à 40 %. Un travailleur qui a travaillé exactement aussi longtemps et qui a gagné exactement autant reçoit dans notre pays une pension légale inférieure à celle versée chez nos voisins. Et cet écart entre les pensions continue à croître. Le Bureau du plan a calculé que les pensions des hommes allait diminuer de 10 % encore par rapport au dernier salaire. C'est imputable aux mesures des gouvernements Di Rupo et Michel, qui ont détricoté le bonus de pension avant de le supprimer et qui ont fortement limité les périodes assimilées du chômage et du crédit-temps.

Finançables jusqu'en 2060

Un jour de mai, le pays est devenu le théâtre d'au moins dix mille actions contre le « vol des pensions ». Le gouvernement était dans les cordes

Comment s'y prennent-ils, alors, dans les autres pays ? 10,5 % de notre PIB est consacré aux pensions. Mais notre voisin français, lui, y consacre 15 %. Aussi les pensions y sont-elles nettement plus élevées. En Autriche, c'est pareil. Ce pays est comparable à la Belgique : à peu près le même nombre d'habitants, une pyramide de la population très comparable et même une espérance de vie plus élevée. Mais, avec 15 % de son PIB, l'Autriche investit près de la moitié en plus que nous dans ses pensions légales. Les travailleurs masculins touchent une pension légale mensuelle de 1 926 euros bruts en moyenne ; les femmes, de 1 092 euros. Selon les critères belges, c'est paradisiaque. Et il y a mieux encore. Les pensionnés autrichiens touchent 14 mois de pension par an. Ramené sur 12 mois, cela équivaut à 2 247 euros bruts par mois pour les hommes, et 1 274 euros pour les femmes.

Tout ce qui vient d'Autriche n'est pas aussi bon mais, sur le plan de la politique des pensions, Bart De Wever et Gert Peersman peuvent aller y prendre pas mal de leçons. Les Autrichiens n'ont pas besoin de fonds de pension privés coûteux et risqués. Leur pension légale suffit pour leur assurer une existence décente. Les dépenses totales en sécurité sociale y sont plus élevées et le risque de pauvreté plus faible. La solidarité par redistribution y est plus poussée. Et c'est là que se situe le noyau du débat sur les pensions. Et ce système reste parfaitement finançable jusqu'en 2060. L'Autriche se situe en tête de l'Europe en ce qui concerne la finançabilité, alors que la Belgique reste lamentablement à la traîne.

On en change pas un système qui marche

Pour l'Autriche, 2003 a été une année décisive. La gouvernement de droite de Schüssel avait proposé cette année-là une réforme des pensions comprenant la suppression des pensions anticipées et le détricotage progressif des allocations de pension. Le pays devait miser davantage sur l'épargne pension privée, estimait Wolfgang Schüssel. Mais c'était compter sans la population. Celle-ci n'avait aucune intention d'attendre que le bateau des pensions coule. Un jour de mai, le pays est devenu le théâtre d'au moins dix mille actions contre le « vol des pensions ». Une semaine plus tard, le syndicat ÖGB organisait la plus grande manifestation de son existence. Tout le pays était en émoi. C'était la plus grande action sociale depuis la Seconde Guerre mondiale. Le gouvernement était dans les cordes et l'électeur désavouait l'extrémiste de droite Jörg Haider, qui s'était opposé à l'action sociale.

Depuis lors, à Vienne, l'idée d'une pension légale substantielle s'est fortement implantée et, au contraire de chez nous, on ne chipote pas avec les cotisations sociales. Cela a payé. Aujourd'hui, 14 ans plus tard, nous voyons les résultats.

Oui, il est temps de tirer l'alarme. De Wever et Peersman le font, mais nous devons revenir au centre du débat : la voie autrichienne, ou la voie belge ? Chez nous, la pension d'un travailleur s'élève à 60 % de son salaire moyen, du moins lorsqu'il a travaillé 45 ans. S'il a travaillé moins longtemps – comme neuf femmes sur dix – il recevra également moins. Si ce pourcentage n'augmente pas, la pension ne pourra assurer le maintien du niveau de vie. Celui qui a travaillé toute sa vie doit avoir droit trois quarts de son ancien salaire. Avec un minimum de 1 500 euros. Ce serait hors de prix ? Bart De Wever aime se rendre en Autriche. Qu'il pose donc la question aux heureux retraités de ce pays !


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