Pension des parlementaires : ceux qui siègent aujourd'hui pourront toujours prendre leur pension plus tôt

Pour les millions de citoyens de ce pays, les pensions ont été réformées en 36 jours à peine. Pour les parlementaires, la discussion s'est éternisée pendant plus de deux ans. Grâce à la pression, notamment du PTB, les choses semblent bientôt devoir changer. Le Parlement fédéral va voter une nouvelle réglementation des pensions, comme l’a fait le Parlement flamand. « Tous les parlementaires qui siègent aujourd'hui pourront toujours prendre leur pension anticipée », dénonce néanmoins Kim De Witte, le spécialiste pensions du PTB.

 

En 2015, le PTB révélait que deux tiers des parlementaires pouvaient prendre leur pension à 55 ans. « Le ministre des Pensions Bacquelaine peut même prendre sa pension à 52 ans, de même que le ministre de l'Emploi Kris Peeters », dénonçait ainsi le spécialiste PTB des pensions, Kim De Witte. Et pour 4 250 euros de pension par mois. Les partis gouvernementaux avaient alors promis qu'ils allaient s'attaquer immédiatement à cette inégalité. Mais, deux ans plus tard, on n'avait toujours rien vu venir.

C’est pourquoi, début juillet, le PTB lançait un « compteur des privilèges pensions ». Il affiche ainsi maintenant plus de deux ans et dix jours. Aujourd'hui, on apprenait donc que les pensions des parlementaires fédéraux vont être réformées à l'exemple du Parlement flamand. La pression exercée par le PTB a donc fait bouger les lignes.

Et pourtant… Pour tous les parlementaires qui seront élus pour la première fois en 2019, l'âge de la pension sera progressivement porté à 67 ans. Mais, pour tous les parlementaires qui sont déjà élus, tous les droits de pension qu'ils auront construits jusqu'en 2019 seront anticipativement exigibles avant 62 ans (ou 60 ans pour tous ceux qui ont plus de 50 ans). Ce n'est pas un détail : durant un seul mandat, un parlementaire thésaurise presque autant de pension que les travailleurs ordinaires en 45 ans.

« La loi n'est toujours pas la même pour tous les citoyens, déplore Kim De Witte. Si nous appliquions cette réglementation à vous et moi, nous pourrions également prendre notre pension à 60 ou 62 ans avec les droits de pension que nous aurons construits jusqu'en 2019. Ce n'est pas le cas. À partir de 2019, les fonctionnaires, les travailleurs et les petits indépendants de ce pays ne pourront s'en aller au plus tôt qu'à partir de 63 ans, à condition d'avoir travaillé pendant 42 ans. Ceux qui ont travaillé moins de 42 ans devront rester actifs jusqu'à l'âge de 65 ans (et, d'ici peu, 66, puis 67 ans). »

Cette réforme continue à témoigner d'une politique de deux poids et deux mesures, par laquelle on s'en prend aux droits acquis de millions de travailleurs, mais pas aux droits acquis d'un petit groupe de parlementaires. « Pourquoi n'inverserions-nous pas cette logique ?, demande Kim De Witte. Chaque mesure que les parlementaires veulent imposer aux habitants devrait d'abord s'appliquer à eux-mêmes. Le débat sur le fait de reporter l'âge de départ en pension plutôt que de répartir plus équitablement les richesses aurait été bien plus profond. La décision de reculer la pension jusqu'à l'âge de 67 ans n'aurait peut-être jamais été prise. »

 

Photo Belga


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