mypension.be bientôt renommé mytombola.be ?

Photo Solidaire, Salim Hellalet

Si vous avez eu l’occasion d’utiliser le calculateur de pensions du gouvernement sur mypension.be, vous avez peut-être constaté que nos fins de mois de retraités ne s’annoncent pas glorieux. Et le gouvernement compte encore empirer la situation. Il est encore temps de l’en empêcher. Prochain rendez-vous : le 19 décembre.

Anita a commencé à travailler à 17 ans. À 56 ans, elle travaille depuis maintenant 15 ans à la poste. Elle se lève tôt, travaille dur. Elle a calculé sa pension : 1 230 euros par mois.1

Bart est magasinier. Un métier physique, qui lui a valu un accident de travail et des problèmes au pied. Il a tout de même voulu continuer et travaille depuis en mi-temps médical. Sa future pension ? 1 233 euros par mois.

Jolien est employée. Elle travaille dans le social. Tous les jours, elle aide des gens, fait battre le cœur de notre société. À 28 ans, elle réalise grâce à mypension.be qu’elle devra travailler jusqu’en 2056 pour obtenir une carrière complète. Et ce, pour toucher à la fin 1 283 euros par mois.

Le coup de com’ du gouvernement ne rassure pas

Pour beaucoup, constater que notre pension légale se situe souvent en dessous de ce à quoi on s’attend est une douche froide.pensioen_tombola_1123x7942.jpg

Autre constat peu encourageant : qu’on prenne sa pension un peu plus tôt – 61 ans par exemple – ou à 67 ans, la différence est bien maigre. Se tuer au travail pendant quatre, cinq voire six ans de plus pour une cinquantaine d’euros en plus par mois ? Cela en vaut-il la peine ?

En plus, le calculateur est optimiste, car il estime, sur la base de notre situation actuelle, que notre carrière se déroulera de façon optimale. Comme si on était à l’abri d’un imprévu désagréable (maladie, licenciement…). Pour le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine (MR), cela permet d’être « responsable » et « libre » de faire ses « choix de carrière » en connaissance de cause. Les jeunes travailleurs licenciés de chez ArcelorMittal, Caterpillar, ING ou Ford apprécieront leur « liberté ».

D’autre part, le calculateur n’intègre pas encore les nouvelles lois qui attaquent la pension des prépensionnés et des demandeurs d’emploi. De quoi renforcer l’opération de com’ du gouvernement, qui tente (en vain) de nous rassurer.

Cela dit, le gouvernement ne se contente pas de nous « offrir » les pensions parmi les plus basses d’Europe. Car, même si nos pensions sont trop basses actuellement, elles ont au moins un mérite : on ne touche pas à ce qu’on cotise. Concrètement, aujourd’hui, dans la Tour des Pensions, à Bruxelles, on tient un compte de pension pour chaque travailleur. Une partie de notre salaire y est inscrit. Chaque année, notre cotisation y est donc fixée et est acquise. Ce sont des droits acquis, auxquels personne ne peut toucher. Mais tout cela va changer, à cause de la « pension à points ». Explications.

Tombola à tous les étages

Dans le système « à points », on ne construit pas sa pension avec des euros, mais avec des points. Pour une année travaillée au salaire moyen, on gagne un point. Pour une année où l’on gagne 10 % de moins, c’est 0,9 point. 10 % de plus, c’est 1,1 point.

Quelle valeur auront ces points ?

C’est un des nœuds du système. Ce n’est qu’en toute fin de carrière qu’on nous dira quand nous pourrons transformer ces points en pension et quelle sera la valeur du point.

En effet, si aujourd’hui le site mypension.be nous annonce déjà quand nous pourrons prendre notre pension, la pension à points annule cette certitude. Ce n’est que trois ans avant la fin de la carrière que la date de départ nous sera annoncée.

Le montant, lui, dépendra notamment, comme le formule joliment le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine, des « évolutions démographiques et financières ».

Cela sonne bien, mais c’est en réalité extrêmement grave. En effet, concrètement, la valeur du point évoluera selon le salaire moyen. Plus il y aura de flexijobs et d’intérims, comme cela se passe avec ce gouvernement, plus notre pension serait basse.

Pareil avec la dette de l’État. Si le gouvernement devait encore sauver les banques ayant trop spéculé comme avec la crise de 2008, notre pension baisserait. À l’avenir, les pensionnés ne seraient qu’une variable d’ajustement budgétaire pour le gouvernement.

Enfin, si on vit plus longtemps, notre pension baisserait. Voilà comment le gouvernement transforme une bonne chose – le fait de vivre plus longtemps – en une mauvaise nouvelle. Il faut le faire.

« Les pensions ne vont pas baisser », s’écrient pourtant en chœur plusieurs ministres (à la pension de 6 500 euros). Rien n’est moins sûr. Si l’on prend l’Allemagne, où le système à points a été introduit, on constate que les pensions ont accumulé depuis 2002 un retard de 7 % par rapport à l’évolution des salaires.

Quant à la Suède, où le système a été introduit depuis de nombreuses années, outre un coût énorme pour l’État et la sécurité sociale, on constate que l’âge de départ à la pension avec une carrière complète a augmenté « automatiquement », faisant partir les gens deux à trois ans plus tard à la pension.

Cela dit, ce système peut sans doute contribuer à instaurer pour un maximum de monde ce que le spécialiste pensions de la N-VA, Jan Spooren, estime être un montant parfaitement suffisant : 1 100 euros par mois. Évidemment, lui, en tant que parlementaire, sera très très largement au-dessus de cela…

Pour le PTB, notre pension est un droit, pas une tombola

Le système a points change radicalement la manière dont est organisé notre système de pension. Et pas dans le bon sens : il ne fait qu’organiser l’incertitude. C’est pourquoi le PTB veut tout faire pour empêcher le gouvernement de l’instaurer.

Nous appelons donc un maximum de monde à tirer la sonnette d’alarme pour nos pensions. Il est encore temps d’agir. Les pensions sont un des points faibles du gouvernement, et il le sait. C’est un des éléments les plus impopulaires de sa politique, et donc un de ceux où une forte mobilisation peut obtenir une victoire, en étant nombreux et déterminés.

En plus, le 19 décembre, les syndicats ont déjà appelé à une grande manifestation nationale à Bruxelles. Soyons-y nombreux. (Toutes les infos dans l’événement Facebook)

De bonnes pensions pour tous et toutes

Les personnes qui ont travaillé toute leur vie ont droit au repos et à un revenu décent. C’est pourquoi nous ne voulons pas d’un système à points. Nous sommes pour le maintien de l’âge de la pension légale à 65 ans, pour le maintien de la pension anticipée à 60 ans et pour le maintien du droit à la prépension dès 58 ans.

Nous proposons également d’augmenter les pensions à 75 % du revenu moyen, avec un minimum de 1 500 euros. C’est notamment important pour de nombreuses femmes. Elles sont en effet particulièrement touchées par les mesures actuelles du gouvernement.

Des pensions plus élevées sont d’ailleurs tout à fait payables. La preuve en Autriche, où l’âge de la pension légale est toujours fixé à 60 ans pour les femmes et à 65 ans pour les hommes, et où les pensions sont supérieures aux nôtres d’au moins 50 %. D’autre part, à l’heure où éclate un énième scandale de fraude et d’évasion fiscale, les Paradise Papers, on se dit que le gouvernement devrait plutôt aller chercher l’argent chez ces grands fraudeurs fiscaux, et pas chez les pensionnés.

1. Témoignages recueillis et parus dans Het Belang Van Limburg, 25/11/17.


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  • published this page in Dossier pensions 2017-11-29 16:25:55 +0100

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