Des pensions plus élevées sont-elles payables ?

« Les propositions de pensions plus élevées semblent sympathiques mais, financièrement, c’est hors de prix », écrivait dans sa rubrique du Tijd Bart Van Craeynest, économiste en chef du gestionnaire de fortunes Econopolis. Réponse du spécialiste des pensions du PTB, Kim De Witte.

 

Le message que Bart Craeynest est clair : tout le monde doit travailler plus longtemps et qu’on ne vienne pas trop se plaindre de l’extrême modicité des pensions. Voilà qui a l’air fort. Mais, dans les rapports auxquels Bart Van Craeynest fait allusion, les trois arguments sur lesquels il appuie son opinion sont à tout le moins fortement nuancés. 

« Aujourd’hui, pour 10 travailleurs, il y a 4,6 pensionnés », écrit Van Craeynest. « Et, en raison du vieillissement, ils seront 7,3 en 2050. » Avec cette évaluation,  toutefois, il déterre une fois de plus une très vieille légende. Cela fait très longtemps déjà que les spécialistes sont d’accord sur le fait que pour faire des projections pertinentes sur les pensions, il faut prendre plus de facteurs en compte que seulement l’âge. Le groupe des demandeurs d’emploi, par exemple, va diminuer au cours des prochaines années, de même que le groupe des personnes qui perçoivent une allocation d’invalidité. Il y aura donc plus de monde au travail. En même temps, il y aura moins d’enfants, de sorte que l’État devra dépenser moins en allocations familiales.

En d’autres termes, on obtient une image très différente quand on met dans la balance les actifs face aux pensionnés, que lorsqu’on les oppose aux non-actifs. Aujourd’hui, pour 100 personnes au travail, on compte 146 personnes qui ne travaillent pas : enfants, personnes âgées, demandeurs d’emploi, personnes en incapacité de travail. En 2040, on comptera 153 non-actifs pour 100 actifs. C’est une augmentation de 5 % à peine. Sur le plan européen, la proportion sera même meilleure et il y aura plus d’actifs, explique l’étude à laquelle Van Craeynest fait allusion.

Possible en France, en Autriche, mais pas en Belgique ?

Secundo, Van Craeynest prétend qu’en fait, les pensions sont déjà hors de prix aujourd’hui. « Les propositions visant à augmenter les pensions du privé en les portant au niveau de celles des fonctionnaires font partie du monde des chimères. Selon une estimation très approximative, une telle mesure coûterait 32 milliards. » Où va-t-il chercher ce chiffre ? Toutes nos pensions mises ensemble coûtent aujourd’hui 40 milliards : celles des travailleurs, des fonctionnaires, des indépendants et des veufs et veuves mises ensemble. Comment le fait d’augmenter les pensions du privé en les portant au niveau de celles des fonctionnaires pourrait-il coûter 32 milliards ?

Et qui plaide en fait pour l’augmentation des pensions du privé au niveau de celles des fonctionnaires ? Déjà pas les syndicats, pour commencer. Ceux-ci prônent un renforcement des pensions légales des travailleurs, et non une assimilation de toutes les pensions à celles des fonctionnaires. Le PTB non plus ne prône pas cette assimilation, mais bien une pension légale, dans le privé, équivalant à trois quarts du salaire moyen.  

Oui, certes, il s’agit d’une augmentation de 25 %. Mais une partie de ce coût supplémentaire est récupérée parce que nous allons devoir payer moins de pensions minimales. D’après nos calculs, cette amélioration de nos pensions bien trop modiques aboutirait à terme à une augmentation des dépenses en pensions au niveau, par exemple, de la France et de l’Autriche actuellement : soit 15 % du PIB.

Le troisième argument de Bart Van Craeynest est qu’il serait impossible de payer des pensions plus élevées. Dans ce cas, il va devoir expliquer pourquoi, aujourd’hui, l’Autriche peut le faire et nous pas. De même, Van Craeynest dit qu’il est impossible de mettre en place une imposition plus élevée sur les fortunes, tout en s’abstenant bien de mentionner que, selon les experts de la KU Leuven, il est question annuellement d’une fraude fiscale de 30 milliards d’euros. Un cadastre des fortunes, la transparence dans les transactions financières et de lourdes sanctions sur la grande fraude fiscale pourraient y faire beaucoup.

Carte-blanche parue dans De Tijd le 21 septembre 2017

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